Le numérique est considéré de manière générale comme un facteur clé de développement économique et social pour les territoires (ville, communauté urbaine, département, région). Il peut améliorer radicalement les services publics dans tous leurs domaines de compétence (administration, entraide sociale, environnement, transports, santé, éducation, aménagement, …) mais également la qualité de vie, malgré une tendance de concentration urbaine et un contexte de baisse des dotations et de restructurations (réforme des territoires).

De fait, de nombreuses expérimentations sont engagées sur ces sujets, dans des domaines très variés (transports intelligents, e-administration, réseaux électriques intelligents, interaction citoyens, …), suivant différentes approches (technologiques, collaboratives, …) avec pour le moment relativement peu de résultats concrets par rapport aux enjeux et à l’attente des citoyens et des entreprises, et sans véritable stratégie et cohérence d’ensemble. Les acteurs impliqués en viennent alors à se demander ce que recouvre vraiment le territoire intelligent, ce qu’il apporte, et comment construire un plan de transformation cohérent et efficace dans cette direction qui apporte des résultats tangibles.

Nous apportons ici quelques éléments de réponse, qui doivent bien entendu se prolonger par une réflexion plus détaillée au cas par cas.

Qu’est-ce qu’un territoire intelligent ?

La combinaison de 3 leviers, chacun porteur d’innovations et apportant des bénéfices à la collectivité :

  • 1. Le déploiement d’infrastructures numériques fixes (fibre optique) et mobiles (3G/4G) pour fournir un accès internet très haut débit à tous et une capacité de collecte de données, pour construire un territoire connecté, reliant les habitants, les entreprises, les administrations, et les objets, en un vaste réseau d’informations
  • 2. Le développement de services numériques pour apporter des gains radicaux (efficacité, qualité, expérience clients) aux services publics de la collectivité (transports, environnement, énergie, éducation, …) et accompagner les transitions (énergétique en particulier), pour conduire à un territoire efficace offrant des services optimisés. Dans les transports publics, par exemple, ce levier consiste à améliorer l’intermodalité entre moyens de transports, les informations passagers et les modes de paiement, pour améliorer la qualité de service et le taux d’utilisation, et réduire d’autant les problèmes de saturation urbaine et de pollution.
  • 3. Le développement d’usages numériques, suivant une démarche collaborative d’innovation, pour accompagner l’évolution des modes de vie (nouveaux modes de travail, économie de partage, participation citoyenne, …) et conduire, in fine, à un territoire intelligent s’appuyant sur l’intelligence collective et le bien commun. En reprenant l’exemple précédent, il s’agit ici de répondre aux besoins de mobilité, de porte à porte, d’une part en réduisant ces besoins au juste nécessaire (télétravail, …), d’autre part en proposant des solutions complémentaires partagées (covoiturage local pour rejoindre un arrêt de car par exemple) dans une approche de bout en bout, avec un paiement aligné avec les usages.

Chacun de ces leviers s’appuie sur des technologies et des modèles économiques et opératoires propres, et contribue au développement économique et social de la collectivité, à l’amélioration des services publics, et une meilleure utilisation des ressources.

Le développement des infrastructures constitue généralement une première étape de transformation pour constituer un socle favorisant le développement des services et des usages, déjà bien engagé dans le cadre du plan Très Haut Débit. Le développement des services et usages doit être également engagé sans délai, pour apporter des gains concrets aux citoyens et acteurs économiques.

Le levier des usages est fondamental pour assurer l’adhésion des utilisateurs et évoluer vers de nouveaux modèles économiques assurant un retour sur investissement de l’ensemble (une mobilité partagée avec une meilleure utilisation des transports publics et une tarification forfaitaire en fonction des usages, dans mon exemple précédent).

Ce référentiel étant posé, reste à comprendre comment mener une telle transformation.

Comment évoluer vers un territoire intelligent ?

Suivant 4 facteurs clés de succès, indissociables.

  • 1. L’élaboration d’une stratégie de territoire, identifiant des priorités par rapport au contexte local et des ressources à engager, afin d’impulser et orienter l’ensemble des actions (aménagement, services et usages numériques) ; le développement économique et la préservation de l’environnement, par exemple, dans le cas d’une communauté urbaine.
  • 2. La focalisation sur les usages des citoyens, comme principal fil directeur, en particulier via la participation citoyenne (permettre aux citoyens d’accéder directement aux informations qu’ils recherchent, de signaler des incidents, d’émettre des avis, des recommandations, de proposer leurs services)
  • 3. Des axes fédérateurs assurant une cohérence d’ensemble : une politique de gestion des données publiques et d’innovation, le partage des ressources, des modes communs d’exploitation, en particulier.
  • 4. Une gouvernance collaborative et une démarche projets pragmatique, par étape (en fonction des priorités), chacune étant étayée par des objectifs quantifiés et des indicateurs d’avancement, et s’appuyant sur les ressources locales, dans une approche de développement durable.

Ces 4 facteurs sont essentiels pour engager un plan de transformation numérique du territoire efficace et atteindre par étape, avec une large contribution des acteurs locaux, des résultats tangibles : développement économique durable, qualité de vie, et entraide sociale.

Un accompagnement externe de la collectivité pour mener une telle transformation est utile pour apporter un support méthodologique suivant un regard externe et des bonnes pratiques réutilisables.