Le débat autour du financement de l’assurance-chômage revient au premier plan. Après plusieurs mois de tensions, l’exécutif change de direction. Le gouvernement renonce à son ancienne feuille de route, mais souhaite ouvrir un nouveau cycle de discussions pour revoir l’usage des ruptures conventionnelles.
Cet article explique la stratégie annoncée, les attentes fixées aux partenaires sociaux et les réactions suscitées par ce changement de cap.
Samedi 29 novembre 2025, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a annoncé qu’il retirait la ligne budgétaire qui fixait un objectif de plusieurs milliards d’euros d’économies entre 2026 et 2029. Cette décision marque une rupture nette avec le plan conçu sous le précédent gouvernement, qui avait fixé un calendrier serré et demandé une réforme profonde de l’assurance-chômage.
En contrepartie, le ministre demande aux syndicats et aux organisations patronales d’entrer rapidement en discussion sur deux thèmes : les contrats de courte durée et les ruptures conventionnelles. Il veut que ces échanges commencent sans délai et qu’un calendrier clair soit établi pour parvenir à un accord avant la fin janvier 2026.
Jean-Pierre Farandou associe à cette démarche un objectif précis : alléger de 400 millions d’euros par an la charge liée aux ruptures conventionnelles. Le ministère voit dans ce dispositif une source importante de dépenses et estime que son encadrement peut réduire le poids financier supporté par l’assurance-chômage.
Dans sa lettre, le ministre indique que l’État retirera officiellement l’ancien cadrage dès que les partenaires sociaux lanceront la négociation et poseront une date pour leur accord final. Il veut qu’un texte soit présenté avant février.
Le gouvernement souligne que l’état des comptes publics rend cette démarche indispensable. Selon Jean-Pierre Farandou, si les discussions n’avancent pas assez vite ou si aucun compromis n’émerge dans les délais, l’exécutif reprendra la main et fixera lui-même les nouvelles règles.
La précédente lettre de cadrage, diffusée en août 2025, demandait de réduire fortement les dépenses en quelques années. Elle exigeait des économies évaluées entre deux et deux milliards et demi par an et fixait une date limite au 15 novembre. Malgré cette injonction, aucun échange n’a été lancé et les partenaires sociaux n’avaient pas commencé à travailler sur une nouvelle convention.
Face à cette impasse, plusieurs organisations syndicales ainsi que deux organisations patronales, la CPME et l’U2P, ont demandé le retrait du texte. Elles ont proposé d’ouvrir des discussions sur les ruptures conventionnelles et les contrats courts. Le ministre a donc accepté leur demande, tout en conditionnant ce retrait à l’ouverture immédiate de la négociation.
Pour la CGT, cette annonce représente une avancée importante dans le rapport de force engagé depuis plusieurs mois. Le syndicat y voit un signe d’écoute de l’exécutif et un changement stratégique favorable au dialogue.
Le Medef, en revanche, accueille cette décision avec irritation. Son président, Patrick Martin, affirme que l’État renonce à une réforme de fond à un moment où l’Unédic fait face à des comptes fragiles. Il regrette que les négociations portent sur un sujet jugé trop limité pour modifier réellement l’équilibre du système ou favoriser un retour rapide à l’emploi.
Ce dispositif, créé en 2008, permet à un salarié et à son employeur de mettre fin à un CDI d’un accord commun. Le salarié reçoit une indemnité fixée avec l’entreprise et peut ensuite bénéficier des allocations chômage. Cette possibilité explique son succès croissant.
Selon l’Unédic, plus de 515 000 ruptures conventionnelles individuelles ont été signées en 2024. Cette même année, les allocations versées à ces salariés ont dépassé 9 milliards d’euros, soit plus d’un quart des dépenses totales de l’assurance-chômage. C’est ce volume qui pousse aujourd’hui le ministère à demander une régulation plus stricte.
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