
Fixer son TJM est souvent l’étape la plus délicate lorsqu’on se lance en portage salarial. Le statut permet de travailler en autonomie tout en bénéficiant de la protection du salariat, mais cela n’explique pas pour autant quel tarif proposer à un client.
Beaucoup de consultants peinent à déterminer un montant cohérent : trop bas, il réduit la valeur perçue de votre expertise ; trop élevé, il complique vos chances d’obtenir la mission. La question devient donc simple : comment définir et défendre un TJM qui reflète réellement votre niveau, votre marché et les besoins du client ?
Le tarif journalier moyen désigne la rémunération hors taxe qu’un client verse pour une journée de prestation. Contrairement au salariat classique où l’on négocie directement un salaire brut ou net, le portage salarial fonctionne différemment. Votre TJM représente votre chiffre d’affaires, qui sera ensuite converti en salaire net après déduction des frais de gestion de la société de portage et des charges sociales.
En effet, en portage salarial, vous bénéficiez d’une couverture sociale complète, de l’assurance chômage et même de la possibilité de cotiser pour la retraite. Ces avantages ont un coût, qu’il faut absolument intégrer dans votre tarif journalier. Pour obtenir un salaire net équivalent à celui d’un salarié classique, il faut généralement multiplier par deux la rémunération nette souhaitée pour déterminer le TJM hors taxe à facturer. Cette règle de conversion peut sembler brutale au premier abord, mais elle reflète la réalité économique du portage.
Fixer son TJM n’est pas une science exacte, mais certains critères objectifs permettent de se positionner correctement sur le marché. L’expérience professionnelle constitue le premier élément déterminant. Un consultant junior avec moins de deux ans de pratique ne peut raisonnablement pas prétendre aux mêmes tarifs qu’un expert ayant plus de dix ans d’expérience.
Entre ces deux extrêmes, on distingue généralement les profils confirmés (deux à cinq ans) et seniors (cinq à dix ans), chacun correspondant à une fourchette tarifaire différente. Au-delà des années d’expérience, la nature même de vos compétences joue un rôle considérable. Certaines expertises techniques très pointues ou certaines compétences rares sur le marché justifient naturellement des tarifs plus élevés. Si vous maîtrisez des technologies émergentes ou des méthodologies spécifiques très demandées, vous disposez d’un argument de poids pour négocier à la hausse.
Enfin, la réputation que vous vous êtes construite dans votre secteur d’activité compte également. Les recommandations de clients satisfaits, un portfolio solide ou une présence reconnue dans votre domaine constituent des atouts précieux lors de la négociation. Ces éléments rassurent le client sur la qualité de vos prestations et justifient un positionnement tarifaire plus affirmé.
Toutes les missions ne se valent pas, et votre tarif doit refléter cette diversité. La complexité du projet représente un critère essentiel. Une mission comportant des enjeux stratégiques importants ou nécessitant une expertise particulièrement pointue mérite une rémunération supérieure.
De même, les délais serrés ou les contraintes techniques spécifiques peuvent justifier un TJM plus élevé. La durée de la mission influence également votre positionnement. Pour une collaboration longue sur plusieurs mois à temps plein, vous pouvez envisager une réduction d’environ 20% par rapport à votre tarif habituel. Cette flexibilité s’explique par la stabilité que procure un engagement long terme, qui réduit votre charge de prospection et vous assure une continuité de revenu.
À l’inverse, pour des interventions courtes ou ponctuelles, votre TJM peut être revu à la hausse car ces missions génèrent plus d’incertitude et demandent davantage d’efforts d’adaptation. Le type de client mérite aussi votre attention. Les grandes entreprises disposent généralement de budgets plus conséquents que les PME ou les startups, mais elles ont aussi souvent des grilles tarifaires préétablies et des processus de négociation plus rigides via leurs services achats. Les petites structures offrent parfois plus de souplesse dans la négociation, même si leurs moyens financiers sont plus limités.
Connaître le budget approximatif du client avant d’entamer la discussion constitue un avantage considérable. N’oubliez pas non plus d’intégrer vos propres coûts. Les frais de déplacement, le matériel nécessaire, votre localisation géographique et le coût de la vie dans votre région sont des paramètres à prendre en compte. Le portage salarial vous protège certes des aléas administratifs, mais vous devez anticiper les périodes creuses inhérentes à toute activité de conseil. Cette réalité doit transparaître dans votre tarification.

Une négociation réussie commence bien avant l’entretien avec le client. La préparation fait toute la différence entre une discussion maîtrisée et un échange où vous vous laissez déstabiliser. Commencez par étudier le marché et comparez-vous à la concurrence. Les plateformes spécialisées et les réseaux professionnels vous permettent d’identifier les fourchettes tarifaires pratiquées dans votre secteur. Cette connaissance du marché vous donne une base solide pour argumenter.
Ensuite, préparez votre argumentation en listant objectivement ce qui vous distingue. Votre périmètre d’intervention, vos délais de réalisation, vos années d’expertise, les garanties que vous pouvez offrir ou encore votre disponibilité sont autant d’arguments à mettre en avant. Contrairement au monde du salariat où un CV bien tourné peut parfois masquer certaines lacunes, en portage salarial, vous serez directement jugé sur vos résultats.
Cette exigence vous oblige à être parfaitement honnête sur vos capacités tout en sachant les valoriser. Renseignez-vous sur votre client. Consultez son site web, ses réseaux sociaux, les actualités le concernant. Comprenez ses besoins, ses problématiques, ses contraintes. Cette connaissance vous permettra d’adapter votre discours et de présenter vos services comme la solution à ses problèmes spécifiques. Plus vous montrez que vous avez compris ses enjeux, plus votre proposition aura de l’impact.
Préparez également votre stratégie tarifaire en trois niveaux : votre tarif plancher en dessous duquel vous refuserez la mission, votre tarif cible que vous espérez obtenir, et votre tarif d’ouverture légèrement supérieur qui vous laisse une marge de négociation d’environ 10 à 15%. Cette structuration vous évite de vous retrouver pris au dépourvu si le client cherche à négocier à la baisse.
Le moment de la négociation arrive et c’est là que tout se joue. Votre attitude compte autant que vos arguments. Afficher une certaine assurance sans tomber dans l’arrogance rassure le client sur votre professionnalisme. Si vous semblez douter de votre propre valeur, comment voulez-vous que votre interlocuteur en soit convaincu ? Commencez par présenter clairement votre offre et votre tarif en expliquant ce qui le justifie.
Mettez en avant la valeur ajoutée concrète que vous apportez plutôt que de vous contenter d’énumérer vos compétences. Le client ne paie pas pour vos diplômes ou vos années d’expérience en tant que telles, il paie pour la solution que vous lui apportez et les résultats que vous allez générer. Quand le client cherche à négocier, ne cédez pas immédiatement.
Écoutez ses arguments et posez des questions pour comprendre ses contraintes budgétaires. Parfois, une réticence tarifaire cache en réalité d’autres préoccupations qu’il faut identifier. Peut-être s’inquiète-t-il de la qualité du rendu, des délais ou de votre disponibilité ? En creusant un peu, vous découvrirez souvent que le prix n’est qu’un prétexte pour exprimer d’autres doutes qu’il faut lever. Si la négociation se tend, explorez les compromis possibles.
Vous pouvez proposer un délai de livraison réduit, offrir quelques prestations ponctuelles à tarif préférentiel, accepter une certaine flexibilité horaire ou concéder des droits de propriété intellectuelle. Du côté du client, il peut s’engager sur une collaboration longue, réduire le périmètre de la mission ou accepter une plus grande souplesse dans les modalités de travail. L’objectif reste de trouver un accord où chacun trouve son compte.
Négocier son TJM en portage salarial demande de la préparation, de l’assurance et une bonne connaissance du marché. Ce tarif ne se fixe pas au hasard mais résulte d’une analyse rigoureuse de votre expérience, de vos compétences, des caractéristiques de la mission et des réalités du secteur. Le portage salarial vous simplifie la vie administrative et vous sécurise, mais c’est à vous de défendre la juste valeur de votre expertise.
En restant attentif aux évolutions du marché, en préparant soigneusement vos négociations et en sachant faire valoir ce qui vous distingue, vous parviendrez à établir des collaborations équilibrées où votre travail est reconnu à sa juste valeur. N’oubliez jamais qu’une prestation de qualité mérite une rémunération à la hauteur, et que brader vos tarifs ne vous rendra service ni à court ni à long terme.
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