
Le contrat de portage salarial séduit de plus en plus de consultants indépendants qui souhaitent bénéficier de la sécurité du salariat tout en préservant leur liberté d’entreprendre. Cette solution hybride, encadrée par la loi depuis 2015, repose sur une relation tripartite impliquant le consultant, l’entreprise cliente et la société de portage. Si ce statut offre de nombreux avantages, il n’échappe pas aux aléas de la vie professionnelle, notamment la possibilité d’un licenciement.
Contrairement aux idées reçues, le licenciement en portage salarial ne fonctionne pas exactement comme dans un emploi traditionnel. La nature particulière de cette relation de travail, où le consultant conserve une autonomie quasi-totale dans la gestion de son activité, influence directement les conditions et motifs de rupture du contrat.
La convention collective du portage salarial du 22 mars 2017 a d’ailleurs établi des règles spécifiques pour encadrer ces situations. Mais alors quels sont les motifs de licenciement possibles ? Comment se déroule la procédure ? Quels droits conservent les salariés portés en cas de licenciement ?
Le consultant en portage salarial évolue dans un cadre juridique unique : bien qu’officiellement salarié de la société de portage, il fonctionne en réalité comme un entrepreneur indépendant. Concrètement, il démarche ses prospects, présente ses offres commerciales, fixe ses tarifs et pilote ses projets en totale autonomie.
La société de portage intervient uniquement en arrière-plan pour gérer les aspects administratifs : émission des factures, relance des impayés et versement du salaire mensuel. En résumé, d’un côté, le consultant bénéficie de tous les droits du salarié classique : protection sociale, congés payés, droit au chômage. De l’autre, il assume les responsabilités d’un chef d’entreprise : développement commercial, gestion de la relation client, risque de perte de marché.
Cette organisation atypique a des conséquences directes sur les conditions de licenciement. Si les règles du Code du travail s’appliquent en théorie, elles sont profondément modifiées par la convention collective du portage salarial. Cette convention reconnaît que licencier un consultant porté ne peut pas suivre les mêmes logiques qu’un employé traditionnel.
Par exemple, comment appliquer un licenciement pour « insuffisance professionnelle » à un consultant qui travaille en totale autonomie chez lui ? Comment évaluer ses « résultats » quand son succès dépend de sa capacité à trouver des clients ? La convention collective a donc créé des motifs de licenciement spécifiques, adaptés au portage salarial.
Le motif de licenciement le plus fréquent concerne l’absence prolongée de missions. La convention collective autorise la société de portage à licencier si le consultant n’obtient pas de nouvelles missions pendant plus de trois mois. Cette règle reconnaît que l’inactivité prolongée constitue une cause réelle et sérieuse de licenciement. En effet, le consultant doit générer son propre chiffre d’affaires pour justifier son contrat. S’il ne trouve pas de missions pendant une durée significative, cela compromet l’équilibre de la relation tripartite. La société de portage doit respecter certaines conditions avant de licencier :
La notification du licenciement doit être envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception. Elle doit préciser les motifs et les conditions de rupture.
Le licenciement pour motif économique reste possible lorsque la société de portage rencontre des difficultés financières importantes ou procède à une réorganisation majeure. La procédure applicable est identique à celle du licenciement pour absence de missions. Ce type de licenciement demeure exceptionnel dans le portage salarial puisque le modèle économique de ces entreprises s’appuie sur des coûts variables liés à l’activité des consultants.
Seules des circonstances exceptionnelles (crise économique majeure, changements réglementaires importants) peuvent contraindre une société à réduire ses effectifs. Le consultant licencié pour motif économique peut bénéficier d’indemnités spécifiques et d’un accompagnement pour sa reconversion. Ces mesures incluent des formations, des conseils en orientation ou une aide à la création d’entreprise.
Le portage salarial ne connaît pas le licenciement pour faute. Cette spécificité s’explique par l’organisation du travail : le consultant n’exerce pas dans les locaux de la société de portage et bénéficie d’une autonomie quasi-totale. L’absence physique du consultant limite les occasions de friction avec la hiérarchie ou les collègues.
Les risques de comportements fautifs au sens classique sont donc réduits. Néanmoins, des comportements totalement inacceptables (insultes, menaces envers l’équipe de portage) pourraient théoriquement justifier une rupture. Il reste essentiel de maintenir des relations professionnelles respectueuses.

Quel que soit le motif du licenciement, le salarié porté licencié dispose de droits spécifiques alignés sur le droit commun du travail. En premier lieu, il peut avoir droit à des indemnités de licenciement.
Elles sont calculées selon l’ancienneté et la rémunération moyenne. Il peut également prétendre aux allocations d’aide au retour à l’emploi versée par Pôle emploi sous réserve de remplir les conditions d’éligibilité (durée de cotisation, recherche active d’emploi…). Enfin, les congés acquis mais non pris doivent être indemnisés lors de la rupture du contrat.
Face aux risques de licenciement, les sociétés de portage développent des stratégies d’accompagnement pour prévenir les situations difficiles et soutenir leurs consultants portés. Cet accompagnement peut prendre différentes formes :
La qualité de cet accompagnement constitue un facteur déterminant dans le choix d’une société de portage. Les consultants ont intérêt à privilégier les entreprises proposant un véritable soutien au développement de leur activité.
Le licenciement en portage salarial présente des spécificités importantes qui le distinguent du licenciement traditionnel. L’absence de licenciement pour faute, la prédominance du licenciement pour absence de missions et les particularités procédurales reflètent la nature hybride de ce statut.
Pour les consultants portés, comprendre ces règles particulières constitue un atout essentiel pour sécuriser leur parcours professionnel. La connaissance de leurs droits et des recours disponibles leur permet de mieux défendre leurs intérêts en cas de difficultés.
A lire aussi :
SUIVEZ-NOUS
Qui sommes-nous ?



